Formation ? Vous avez dit : « formation » ?

On a un problème depuis grosso modo l’époque où les gens supposés faire cours se sont mis à faire de la politique tandis que ceux qui étaient supposés suivre les cours se sont mis à subir la politique. On dit que, pour la génération « Y », on arrive pas très loin du trou noir.

C’est toujours la même chose, les mômes correctement armés par le destin et/ou bien soutenus par leur famille s’en sortent à peu près, ne serait-ce que par esprit de contradiction. Moi, par exemple, j’ai eu en 1ère un couple redoutable, elle en Français et lui en Histoire-Géo : ils ont consacré 80% du temps de cours à apologier la Commune de Paris avec un sens de l’humour directement importé de Sibérie sans décongélation. Une année passée entre 7 et 8/20 quand tout allait bien et que j’avais réussi à caser des éléments de langage du Parti dans une dissertation sur le couple dans la littérature française révolutionnaire opprimée par les éditeurs bourgeois ou un exposé sur la Polynésie pogromisée par la dictature militaire française. J’ai eu de la chance, mon nom n’était pas noble ou particulièrement ploutocrate et il m’arrivait de pouvoir tangenter la moyenne. J’ai donc pu tenter le bac sans avoir été trop découragé et rejoindre ceux qui étaient autorisés à poursuivre leurs études du moment qu’on les voyait de temps à autre dans la rue avec une pancarte ou une bombe de peinture. Mais c’était il y a un petit moment, déjà, et l’on dit que c’est plus compliqué de conserver le sens de l’humour en classe de nos jours, ce genre de profs ayant fait son trou, voire pas mal de trous, dans le système.

Ceci dit, il ne faut pas jeter la pierre dans un trou unique de cour de collège, ni sur tout le monde à l’Education Nationale, même les Ministres (encore faudrait-il savoir qui ils sont de nos jours), ex-Ministres (encore faudrait-il qu’ils soient à distance de jet de pierre et pas en villégiature outre-Méditerranée ou dans un étage élevé de place chic à Paris, ce qui byzeway rassure sur le mal-logement pour les fonctionnaires) ou futur Ministres (encore faudrait-il savoir qui sera le Ministre en chef à la rentrée pour préparer les slogans) : la formation professionnelle est aux mains du camp d’en face sans concours administratifs ou rigueur budgétaire depuis qu’on a inventé l’emploi salarié, les consultants et les ancêtres du dialogue social à la française et à ce qu’on sache le rapport de la cour des comptes qualité-prix n’en est pas meilleur.

Alors, si personne n’a d’idée pour les djeuns ou les salariés sinon comme d’hab’ en France, ou le contraire comme en Scandinavie, ou un peu des deux comme en Allemagne mais tout ça est un peu désespérant, surtout pour les djeuns, la 3ème voie de la formation des chômeurs, ça peut sembler un peu abracdabrantesque mais ça pourrait nous permettre de remonter dans les classements internationaux genre Pisa et Université de Shanghai sinon dans le hit-parade de l’emploi. De fait, l’université du 3ème âge (dire « Inter Âge » si la mairie du coin est à gauche) marche bien, les papys-mamys sont contents de s’entretenir le neurone à passer des doctorats de latin-grec ou à apprendre les langues des pays où ils vont en vacances avec en plus un diplôme de Sorbonne pour frimer aux soirées bridge (le jeu de cartes pour darons, pas les fausses dents, mais c’est vrai qu’il peut y avoir confusion), et puis ça fait une récré aux profs d’avoir des élèves qui écoutent, disent bonjour et font leurs devoirs.

C’est pas sûr que ça nous remette dans la course pour le championnat du monde du Prix Nobel mais d’abord on s’en fiche parce qu’on continuera à boycotter le Nobel tant qu’il faudra publier en anglais sur autre chose que la sociologie déconstructionniste au 20è siècle européen pour avoir une chance, ensuite de toute façon on a déjà la légion d’honneur, la médaille du CNRS et l’académie française pour caresser dans le sens de la calvitie nos meilleurs scientifiques d’élite (pas de l’élite, quoique cf supra sur l’éducation nationale et quelques résumés d’articles de Bourdieu à télécharger sur le site des Inrocks ou celui de l’Huma, il y a comme une corrélation). Et puis on dit que l’endroit du monde où il y a le plus de Nobels (pour les nobles, de robe, d’épée, d’empire ou républicains, c’est ailleurs, c’est aussi en France et ça ne sert pas non plus à grand chose, mais c’est un autre sujet ou pas) est en France, alors pourquoi faire des noeuds sur plus beaux cerveaux ?

Que le très vert Pays de Gex-Ain-France soit au top niveau mondial des Nobels scientifiques au mètre carré et dépasse les meilleures rues de Saclay ou du 5è arrondissement peut agacer et intriguer les Parisiens qui ne passent à Genève que sur le chemin du ski ou faire se rengorger les exilés fiscaux ou encore moins glorieux du bord du Lac, mais la vérité est décevante les riverains du Léman comme pour les citoyens de la Grande Nation : ce petit coin de France, par ailleurs scandaleusement béni des dieux mais confortablement endormi sur leurs lauriers à l’image de sa nation-mère, ne doit son overdose de Nobels défiscalisés (oui, eux aussi, mais pas seulement les exilés Français, ni d’ailleurs seulement les « Cerniens », les employés des autres administrations internationales sont également exemptés d’impôts et d’autres contrariétés comme le paiement des amendes sur les routes de France voisine, en général) à temps partiel (oui, eux aussi, mais par choix et parce qu’ils ont d’autres jobs ailleurs), qu’à sa fonction de dortoir du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire, à Genève) et à la différence du prix de l’immobilier entre la très bancaire Genève et les assez ruraux villages du pied du Jura. De là à penser que c’est encore un trou, ce serait manquer de vocabulaire, de diplomatie aussi, et ça ne se fait pas à Genève, ce serait … déplacé.

Quant à (se) demander comment ce genre de coin n’est pas devenu une sorte de Silicon Valley entre les cerveaux du CERN, l’argent de Genève et les universités de Lausanne, Grenoble ou Lyon presque aussi proches que les pistes de ski d’autour de la presqu’Olympique Annecy, de Chamonix ou de Gstaad, le golf et le casino de la très retraitée Divonne les Bains et les anciens temples gastronomiques du bord de l’A6, ce serait aussi inconvenant que de constater que Paris, grand ou pas, est devenu la première ville touristique du monde mais que Renault n’est plus à l’Île Séguin et n’investit plus trop à Billancourt, que Garnier est au mieux une piste à spectacles de danse pour vieux, au pire une pub pour shampoing dans les guides de Paris pour étrangers tandis que les #anonymous ont cessé de #occupy la Défense en quelques jours, après avoir constaté qu’ils n’y rencontraient que des employés de banques hexagonales et quelques cadres d’Areva ou Coface, pas des financiers globaux ou autres maîtres du monde, ni même un journaliste anglophone. Mais c’est un autre sujet, déconnecté de celui des Nobels, de l’éducation, des élites et de la formation. Ou pas ?

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